Publié le 19.01.2026

JOÃO SELVA

Soirée brésilienne entre ami·es
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Marcio Graffiti
 

Pour réchauffer les corps et les esprits en ce début d'année, on vous propose le vendredi 23 janvier une soirée exceptionnelle entre tropicalisme, samba et groove brésilien. Natif de Rio, JOÃO SELVA est devenu au fil des années passées à Lyon l’un des meilleurs ambassadeurs de la musique brésilienne. Pour cette soirée spéciale, il a convié ses ami·es à la fête. On en a profité pour faire plus ample connaissance avec ce musicien attachant.

Une chose sur le Brésil dont on te parle tout le temps et qui est vraiment exagérée ?
J'entends souvent, d'une manière ou d'une autre, cette fausse idée de "démocratie raciale", comme si au Brésil il n'y avait pas de racisme... alors qu'il y a un véritable "apartheid" social au Brésil. Malgré les apparences, c'est un pays extrêmement clivant avec beaucoup d'intolérance et de discrimination. La poussée de l’extrême droite ces dernières années en atteste en est un triste exemple.

Une chose sur le Brésil dont on ne te parle jamais et qui pourtant est une réalité là-bas ?
C'est un pays très religieux et la spiritualité est quelque chose de très important pour nous les brésiliens, au quotidien. Je pense que même un athée au Brésil dira "je ne crois pas en ça, Dieu merci". Derrière l’hédonisme et la sensualité du peuple brésilien se cache un pays plutôt conservateur, mais surtout très croyant. 

Quelles sont les différences majeures entre être musicien en France et au Brésil  ?
Au Brésil il n'y a pas vraiment de midstream. Il n'y a que le mainstream et l'underground: entre le deux c'est le néant. Pour vivre de sa musique, il n'y a que la voie du mainstream... ce qui tend à brider un peu la production musicale au Brésil. Les artistes issus de l'underground qui gagnent en visibilité finissent souvent par être "bouffés" par les majors, qui leurs imposent une DA édulcorée pour plaire au grand public et passer à la télé. C'est assez difficile de vivre de sa musique au Brésil sans vendre son âme au diable.

Peux-tu nous parler de ton album "Onda", sorti il y a un an ?
ONDA est un album de "déconfinement" en opposition au précédent "Passarinho" (écrit et enregistré pendant la période de la pandémie du covid). C'est un album qui renoue avec la fête, les grands espaces, le vivre-ensemble. Je l'ai écris pendant un voyage d'un mois sillonnant la côte brésilienne pendant la période du pré-carnaval. On y retrouve cette énergie là. Les concerts de la tournée sont exaltants, avec cette envie de partage et de communion à travers la danse. 

La soirée est intitulée "Joao Selva & Friends". Tu peux nous présenter tes invité·es ?
Tereza Azevedo et moi sommes arrivés à Lyon à la même période. Elle vient aussi de Rio de Janeiro et notre connexion a été immédiate. Nous sommes amis et avons déjà collaborer dans plusieurs projets. Elle amènera toute la fougue et l'énergie de la danse brésilienne sur la scène du Marché Gare.
Pat Kalla est un pilier de la scène "sono moniale" à Lyon. Je me rappelle de l'avoir croisé plusieurs fois dans les café concerts des pentes de la Croix Rousse quand je suis arrivé à Lyon (notamment avec son Mento Club au Phoebus, alors que j'habitais juste au dessus de la salle). Conteur hors pair et chanteur talentueux, nous avons déjà partagé la scène de nombreuses fois que ce soit avec Voilaaa ou lors d'une jam endiablé sur une île en Croatie.
Paula Mirhan est une chanteuse brésilienne arrivée récemment sur Lyon. Comme moi, elle navigue entre plusieurs projets et disciplines artistiques, faisant fi des chapelles et des frontières entre différentes esthétiques. Nous ne sommes croisés plein de foi sans encore avoir eu l'occasion de chanter ensemble. Ce sera donc une grande première au Marché Gare, et j'ai hâte !
 

Pour finir en musique, peux-tu  nous donner 2 morceaux d'artistes emblématiques de la musique brésilienne qui t'ont influencé et 2 morceaux d'artistes français actuels dont tu suis le parcours ?

Gilberto Gil & Caetano Veloso : Refavela
Cet album fait suite à sa participation au FESTAC à Lagos où il rencontra Fela Kuti, Stevie Wonder... C'est un album qui relie la musique brésilienne à son héritage africain, tout en la rattachant aux autres esthétiques de la diaspora africaine, notamment la Great Black Music.

Caetano Veloso - Cajuína (Remixed Original Album)
Ce titre est un hommage à la disparition du poète Torquato Neto (précurseur de la Tropicalia), les paroles sont existentialistes et très poétiques sur un rythme traditionnel du Nord-est du Brésil, le xote (une déformation de "scottish"). Ou comment faire du trad tout en étant universel.

KASSAV : La Sé Sèl Médikaman Nou Ni
Kassav, toujours là! J'étais à leur concert à Jazz à Vienne l'été dernier et force est de constater que, malgré le décès de Jacob Devarieux, le groupe est toujours imparable en live. Ma compagne est guadeloupéenne et je suis un grand fan de musique des Antilles, notamment des groupes comme Les Vikings de la Guadeloupe ou Les Philosophes de la Martinique.

PAMBELÉ - Mujer Perfecta
Je trouve qu'on a une scène "sono mondiale" incroyable à Lyon. Les gens sont souvent étonnés d'apprendre que Vaudou Game, Bongo Hop, Kumbia Boruka, Voilaaa, Dowdelin ou Bab l Bluz sont tous lyonnais. On se donne mutuellement de la force et il y a beaucoup d'amitié et de solidarité entre ces collectifs. Ce sont des groupes aux esthétiques variés mais avec un vrai sens du groove et une culture du son vintage. J'ai choisi de mettre à l'honneur le "petit dernier" Pambélé car c'est la relève du son made in Lyon.