Publié le 02.04.2025

DAVODKA / LUPI'O

Interview croisée
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Le rap est à l'honneur ce samedi 5 avril au Marché Gare : Davodka, tête d'affiche qu'on ne présente plus et LUPI'O, jeune pépite lyonnaise. Deux générations différentes, certes, mais qui se côtoient et qui se rejoignent sur bien des points. La preuve au travers de cette interview croisée.

Vous avez commencé à rapper à des époques différentes. Qu'est ce qui vous a donné envie de commencer à rapper ? 

DAVODKA 
C’est mon entourage qui a créé cette dynamique. J’étais simple auditeur de rap et c’est mon équipe, qui avait déjà un pied dans le son, qui m’a
initié à l’écriture de manière totalement indépendante. On a commencé à s’entraîner sur des faces B, on attendait rien de plus que de pouvoir s’exprimer et faire quelque chose de constructif entre frérots, loin de tout l’aspect business. Un délire de potes qui a mené à un bel exutoire et une réelle passion qui dure encore aujourd’hui.

LUPI'O
Quand je découvre le rap, j'aime ça et je me mets à en écouter beaucoup. Mais c'est les sessions freestyle, avec cette énergie de groupe, qui m'a donné envie d'en être. Parallèlement à ça, je commençais à me passionner de "barz", de double sens, d'aisance d'écriture.
Je découvrais plein de têtes que je trouvais extrêmement fortes là-dedans, qui avaient de la forme mais aussi du fond.

En terme de rap, quel regard portez-vous sur la génération de l'autre ? 

DAVODKA
Alors, je pense que la manière de procéder a totalement changé en 2025. Les artistes sont plus conscients du côté business, chose que nous n’avions pas à l’époque. Sortir un CD paraissait insurmontable et les quelques plateformes qui pouvaient nous servir de vitrine ne généraient pas de revenu (je pense aux Skyblog, Myspace etc.) mais permettaient au moins de télécharger des morceaux gratuitement.
Le champ des possibilités est techniquement plus large et plus mélodieux en 2025. Je pense que tout est beaucoup plus diversifié de nos jours, les productions sont de très grande qualité et puis les nouvelles générations n’ont aucun mal à être autonome très rapidement, le style étant constamment en évolution.

LUPI'O
Je pense que le rap est un livre avec une histoire. Sans chaque personne qui a participé à ce courant, il ne serait pas ce qu'il est. Donc forcément, avant tout, j'ai beaucoup de respect pour la génération de Davodka, mais aussi pour ceux qui étaient là avant. Je pense que c'est important. Davodka fait partie de ceux qui sont là depuis un moment, qui se sont accrochés et qui continuent de s'arracher. Puis, il y en a d'autres qui sont sont toujours là, mais, ce n’est pas fou ; on est plus attaché à leur personne, qu'à leur musique.

Vous aimez tous les deux, chacun à votre manière, jouer avec les mots dans vos morceaux. on ressent une vrai passion pour l'écriture. Pour vous, le fond doit primer sur la forme ? 

DAVODKA
Je donne une importance toute particulière au message donc au fond. Après, cela peut dépendre des morceaux et de leur thématique, mais même un morceau egotrip qui n’a pas vocation à être profond peut être bien rédigé et intelligemment écrit, même s'il ne traite pas de sujet important. Jouer avec les mots et tordre un champ lexical est un exercice que j’affectionne. Toutefois, j’aime aussi le fait de décrire une situation toute simple de la vie de tous les jours, qui est un exercice que je trouve intéressant. Faire vivre des émotions, c’est quand même ça le but premier et je le mets au-dessus de toutes les autres techniques.

LUPI'O
Le propos est toujours important. Je pense que la forme sert le propos aussi, donc j'ai tendance à dire que ce qui est important, c'est l'alliage des deux : dire des choses profondes, en tout cas des choses intéressantes, des choses qu'on pense importantes, pertinentes. Il faut le faire et à la fois l'amener avec la plus belle des formes. C'est là où moi je trouve mon kiff quoi : faire quelque chose de technique, de complexe, mais rendre ça invisible aux yeux du non-initié parce qu'on essaye de ne pas forcément faire tomber la rime là où on l'attend à chaque fois, etc.
Et tout ça, ça sert le propos parce qu'un propos bien amené, c'est un propos qui est entendu. La forme sans le fond n'a aucun intérêt, alors que le fond sans la forme, c’est ok. Donc on peut quand même conclure que le fond prime sur la forme, même si, dans mon cas c’est l’alliage des deux qui est crucial.

Comment vous décririez l'univers de l'autre ? 

DAVODKA
Je dirais que LUPI'O est très inspiré par sa ville, son quotidien et qu’il l’exprime à travers une certaine nonchalance sur des sonorités actuelles et classes.

LUPI'O
Davodka, c'est un univers qui me fait beaucoup penser à un rap parisien, un rap "Paris-Nord". C'est un gars qui est resté fidèle à lui-même, son univers, sa patte aussi. C’est un pilier dans son domaine.

Vous allez jouer sur la scène du Marché Gare ce 5 avril. Quel rapport entretenez-vous avec Lyon ? 

DAVODKA
Je ne connais la ville que dans le cadre des concerts, mais j’y ai souvent joué. Justement, le Marché Gare est la première salle de concerts de la ville à avoir croisé ma route il y a 10 ans, en octobre 2015. Un gros souvenir !

LUPI'O
Lyon c'est ma ville, j'y suis chez moi. J'ai grandi dans le département, je suis là tous les jours. Je me considère forcément très chauvin comme beaucoup de gens d'ici, donc je suis trop content de passer au Marché Gare. Je n'ai jamais eu l'occasion de jouer ici encore. En tout cas, c'est une fierté d'être à Lyon. J'espère que le public lyonnais va accueillir Davodka comme il se doit.

Quoi de neuf ? 

DAVODKA
Je continue à faire du son sans trop chercher à faire un format album pour l’heure.

LUPI'O
Fin avril, je sors un nouveau single. C'est un morceau que j'aime beaucoup et qui est un extrait de mon prochain projet qui arrivera avant l'été si tout se passe bien. Donc beaucoup de belles choses en préparation et une fin d'année plutôt chargée.

Et pour finir, quel(s) morceau(x)/album(s) squatte(nt) votre platine en ce moment ? 

DAVODKA 
En ce moment, je fais beaucoup tourner l’album de Sinik « La main sur le cœur » sur ma platine. Du côté des plateformes, j'écoute l’album de Souffrance « Hiver automne ».

LUPI'O
Actuellement, je ponce « Désert » de Olewa Gildas, un frérot de mon équipe qui a une plume aiguisée et un univers bien à lui. C'est niche, mais qu'est-ce que c'est chaud.