Né à la fin de la guerre froide, dans un département du Grand-Est plus connu pour ses faits divers que pour ses rock stars, Lambert (Guillaume, de son prénom civil) grandit malgré la grisaille, entouré d’amour et de musique, dans le confort affectif d’une middle class sobre et humaniste. A la maison, passent aussi bien les chanteurs-poètes chers aux parents, que les cassettes des grands frères : Beatles, Yes, Cure, Clash, Supertramp, Pink Floyd, Mike Oldfield, mais aussi l’Oxygène de Jarre, qui l’amènera des années plus tard à ce constat : des circuits analogiques peut jaillir l’émotion.
Comme s’il y avait dans la machine, quelque chose d’humain, après tout. Hasard ou pas, son premier album, « Chic Type » paraît le 17 mai 2013, date de sortie du fameux "Random Access Memories" de qui vous savez. C’est la naissance du personnage de Daisy, « un garçon au prénom de fille, qui rêvait des Etats-Unis ».
Fin 2016, il célèbre sa nouvelle histoire d’amour avec « Les coeurs célestes », son 2 ème LP. Au menu, balades cosmiques et langoureuses, pluies d’étoiles synthétiques, voix suaves ou trafiquées et mélodies qui squattent l’oreille jusqu’à tard dans la nuit. Mais après un concert fin 2017 au Bus Palladium, il entame une période de retrait loin de la névrose artistique : il creuse Debussy et Ravel, chine des objets insolites et s’intéresse aux plantes. Il en profite pour planter d’autres graines et fait trois enfants à sa muse. Mais une toute autre graine germe en lui : celle d’un projet discographique horizontal, collégial, ontologique. « Attractions » est dans un premier temps un projet pharaonique et rêveur car il ambitionne d’abord de comporter autant de titres que d’interprètes.
Lambert contacte d’abord Barbara Carlotti, puis Benoît Poelvoorde (!) pour un projet de talk over mystérieux mais, n’étant pas satisfait de son texte, il n’ose pas lui envoyer (car il lui arrive de loser magnifiquement). Puis d’autres interprètes sont sollicités, dont Donald Pierre (du groupe Aline), Alka Balbir... Mais une envie de chanter qu’il croyait enterrée ressuscite. Daisy empoigne à nouveau le micro, et décide d’exploiter ce synthé japonais qu’il a acheté au regretté Christophe.
Là où Daisy Lambert brille c’est dans sa liberté : celle de s’affranchir des formats, des styles, des modes et du temps. Celle de mettre de nombreux ingrédients de la pop culture entre 1975 et 1982 dans un grand shaker, pour nous en faire un cocktail inédit, dont on connaît pourtant chaque composant par coeur.