L’Étrangleuse, ce sont deux filles et deux garçons qui jouent une forme non définie de rock minimaliste et de chanson libre à quatre voix, amplifiant le dialogue entre une harpe à pédale en érable moucheté et un djéli n’goni en peau de chèvre, sur les grooves archaïques d’un basse-batterie bardé de colifichets.
Le refuge de L’Étrangleuse, c’est une tente touareg perdue dans l’immensité de la toundra gelée, où les esprits de The Ex et de Brigitte Fontaine fomentent les hymnes secrets d’un nouvel ordre mondial, enfin gouverné par la poésie.
Insaisissable et irrésistible, la musique nous plonge dans une obscurité qui doit autant au crépuscule du vieux monde qu’à l’aube des grands espaces où crépitent de furieuses danses de joie. Grincements d’archet et matières coincées dans les cordes, saturation et percussion d’objets incongrus, tourneries fiévreuses et chœurs psychédéliques sont les agréments de cette transe tout en nuances.
Poèmes, manifestes, rêves ou cauchemars, il se pourrait au fond que les chansons ne parlent que de la réalité, celle dont Philip K. Dick disait qu’elle «continue d’exister même lorsqu’on cesse d’y croire».
Traquant inlassablement la magie du presque rien, voilà 15 ans que L’Étrangleuse compose la bande son modale et hors modes d’un long rêve éveillé, puisant son inspiration dans les airs traditionnels d’un pays qui n’existe pas.
Sur scène, les morceaux s’étirent, le son du groupe captive les cœurs dans une rêverie contemplative et entraîne inexorablement les corps dans une danse frénétique.